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RDC-SOIXANTENAIRE : AL KITENGE plaide pour une économie nationale formelle – CONGO COURRIEL
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60 ans après l’indépendance de la République Démocratique du Congo; l’heure est au bilan et celui dressé par l’économiste et stratégiste Al Kitenge, lors de l’entretien qu’il a accordé à Congo courriel à cette aubaine, n’est pas très flatteur.

Interrogé quant à l’appréciation qu’il fait au regard de l’économie nationale Congolaise, Al Kitenge a, d’entrée de jeu, donné les caractéristiques de cette dernière. L’Économie nationale Congolaise a trois caractéristiques principales a-t-il lancé, « elle est totalement extravertie ». En explication à cela, il s’est appuyé sur le fait que,  » nous importons tout, y compris les choses dont nous avons le potentiel en République Démocratique du Congo. C’est totalement inacceptable… C’est même la preuve d’une incompétence collective organisationnelle ».

Il a ensuite fait remarquer le fait que , l’économie Congolaise est essentiellement dans l’informel, « on ne peut pas comprendre que tout un pays, soit 95 % de l’économie, soit dans l’informel. La conséquence c’est qu’au moment de la crise due au Coronavirus, on s’est aperçu que l’État n’avait pas les moyens pour être en mesure d’intervenir auprès des gens avec qui il n’était pas en contrat. C’est quelque chose qu’il faut corriger tout de suite. Il faut créer des filets sociaux mais ces derniers se créent dans le contrat social entre les entrepreneurs, les entreprises et l’État ».

la troisième catégorie, elle , a mis en exergue la fracture entre l’économie rurale et l’économie urbaine. A travers cette dernière,Al Kitenge a mis l’accent sur l’importance que revêt l’interaction entre le milieu rural et celui urbain. « Notre pays est essentiellement rural et 80% de population vivent en milieu rural; mais l’argent de l’État est en grande partie dépensé en milieux urbains. Ce qui fait que malheureusement lorsque nous avons eu une interdiction des importations, on s’est aperçu que les milieux ruraux ne sont pas en mesure de nous fournir dans les grandes villes; et toutes ces leçons méritent qu’on les regarde de manière intelligente et qu’on se dise qu’il est important de réinventer un modèle qui marche et qui marche pour tout le monde ».

De l’érection d’un pont entre le rural et l’urbain

Lucide et tenace, comme il sait l’être dans bon nombre de ses interventions médiatiques, Al Kitenge propose une solution palliative dans le but de relier le rural à l’urbain, il évoque trois choses importantes notamment, « l’investissement de l’argent dans les milieux ruraux, cela aspire les compétences, à partir du moment où les compétences y arrivent, on peut aller dans les innovations; nous devons nous nourrir de ce que nous produisons ». A-t-il lâché d’un ton plutôt exhortant.

Par ailleurs, il a mis l’accent sur les conclusions que la crise politico-sanitaire nous a amenés à tirer. « La crise du Coronavirus nous a démontré, de manière assez claire, que baser sa stratégie de sécurité alimentaire sur l’importation est une bêtise collective. La seule chose qu’on doit faire, c’est avoir une relation entre les milieux ruraux et urbains, une relation de commerce domestique équitable au lieu de nous tourner vers des relations directes et privilégiées avec les exportateurs ».

Du gaspillage et de l’abandon de l’héritage colonial

Un autre plaidoyer de Al Kitenge c’est la reconsidération des rapports internes,  » à l’époque coloniale, toutes les exploitations agricoles et les fermes que nous avions, étaient le premier lien entre les milieux ruraux et ceux urbains. La rupture est née de la ruine des milieux ruraux auxquels , les politiciens ont tourné le dos. Nous avons une exode rurale importante qui ressemble à l’exode des africains qui vont vers l’Europe. Les gens des milieux ruraux viennent en ville pour récupérer ce que nous leur avons volé et c’est une attitude qu’il faut stopper le plus vite possible ».

Il lance pertinemment une invitation à quiconque d’œuvrer pour le changement de perception à l’égard des Congolais vivant en milieux ruraux. « On ne peut pas continuer à penser que les gens qui sont dans les les milieux ruraux c’est ‘l’intérieur du pays’ parce que nous considérons que nous sommes peut-être à l’extérieur du pays. Ce regard inconscient que nous avons sur nos propres frères est la première erreur. Penser que nous avons deux économies, une qui marche pour nous et une autre qui ne marche pas pour les autres. Lorsqu’on parle de PIB par tête d’habitants, si les gens des milieux ruraux ne produisent pas suffisament et leur économie n’est pas incluse dans l’économie nationale, bien sûr nous resterons toujours un pays pauvre. Cette perception que nous avons sur nos frères doit changer ».

Le nombre est la force du Nigeria, a-t-il fait remarquer, « c’est le fait que leur économie est intégrée et incluse entre l’économie rurale et l’économie urbaine. Si nous voulons diversifier l’économie et si l’agricultre est une branche importante de notre perception économique, il est important que nous y mettions non seulement le sérieux qu’il faut mais également l’argent qu’il faut et une stratégie ».

Remise en question

A la question de savoir si 60 ans après, le système économique Congolais a connu une certaine amélioration, Al Kitenge répond en débordement du périmètre économique prenant le taureau de la politique Congolaise par ses cornes, « nous sommes dans une situation où 60 ans après, nous devons commencer par reconnaître notre honte de n’avoir pas fait même le dixième de ce que les Belges nous ont laissé, c’est complètement ridicule et c’est un échec qu’il faut absolument mettre sur le dos des politiciens ».

Ces derniers renchérit-il, « ont saccagé l’école, le système de santé et aujourd’hui, le Coronavirus nous permet justement de mesurer à quel point, ils ont planté le décor de la bêtise collective. A l’époque, quand ils tombaient malades, ils allaient se faire soigner à l’étranger aux frais de l’État mais pendant cette crise sanitaire, sans possibilité de sortir du pays; ils s’aperçoivent qu’il aurait été nettement mieux qu’il y ait un système de santé viable pour tout le monde ».

« Cette réalité que avons vécu à Kinshasa, il faut s’imaginer que si elle avait commencé dans les milieux ruraux, la catastrophe aurait été beaucoup plus plus grave. Pour des raisons humaines et d’équité, il est important qu’on commence à se rendre compte que nous sommes un seul pays ».

Et comme pour dire que c’est à la politique de faire valablement son travail, Al Kitenge l’ a directement chargée, « la faute est essentiellement politique. Il est important que les politiciens se rendent compte qu’ils ont pendant trop longtemps pris en otage et confisqué le pays.

Clarisse Mulenda

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